Logiciel 29.07.2026

Figma et Adobe, concurrence sans fusion : rachat avorté, usages distincts et workflow commun

Serge
Figma adobe : workflow commun sur maquettes UI et édition
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Figma et Adobe entretiennent aujourd’hui une relation plus complexe qu’un simple face-à-face. Adobe a tenté de racheter Figma pour 20 milliards de dollars, l’opération a été abandonnée en décembre 2023, et les deux écosystèmes continuent pourtant de se croiser dans les workflows des designers. Pour les équipes produit, UX/UI, marketing ou brand design, la vraie question n’est donc pas seulement de savoir qui a gagné, mais de choisir le bon outil au bon moment, puis de les faire fonctionner ensemble sans ralentir la production.

Le feuilleton Adobe-Figma en quelques dates utiles

L’acquisition de Figma par Adobe a été annoncée en septembre 2022. Le montant, 20 milliards de dollars, donnait déjà la mesure de l’enjeu. Adobe ne cherchait pas seulement un outil de plus, mais une position forte sur le design collaboratif cloud, là où Figma s’était imposé avec une expérience fluide, accessible depuis le navigateur et pensée pour des équipes distribuées.

Figma Adobe : infographie comparative des usages, chiffres clés et complémentarité entre les deux outils
Figma Adobe : infographie comparative des usages, chiffres clés et complémentarité entre les deux outils

L’opération a finalement été abandonnée en décembre 2023. Les autorités de concurrence, notamment la CMA au Royaume-Uni et la Commission européenne, ont examiné le risque de réduction de concurrence sur le marché des logiciels de design interactif. L’idée était simple : si Adobe absorbait l’un de ses concurrents les plus dynamiques, le choix des utilisateurs et le rythme de l’innovation pouvaient en pâtir.

Conséquence directe, Adobe a versé 1 milliard de dollars d’indemnité à Figma. La société, valorisée 12,5 milliards de dollars en 2023, est restée indépendante. Pour les utilisateurs, cette indépendance compte. Elle maintient une pression concurrentielle sur Adobe, mais aussi sur Figma, qui doit continuer à faire évoluer ses fonctionnalités, ses tarifs, ses performances et son écosystème.

Ce que l’abandon du rachat change vraiment pour les utilisateurs

Pas de migration forcée, mais une vigilance sur les choix d’écosystème

Pour les designers déjà installés sur Figma, l’abandon du rachat a surtout évité une période d’incertitude produit. Les fichiers, les design systems, les bibliothèques de composants, les prototypes et les espaces collaboratifs restent dans l’environnement Figma. Il n’y a pas eu de bascule imposée vers Creative Cloud, ni de fusion brutale avec Adobe XD.

Pour les entreprises, le sujet est plus stratégique. Beaucoup utilisent déjà Photoshop, Illustrator, After Effects ou InDesign pour la création visuelle, tout en pilotant l’UX/UI dans Figma. Le bon réflexe consiste à cartographier les usages : qui crée les assets de marque, qui conçoit les interfaces, qui valide les prototypes, qui transmet les spécifications aux développeurs ? Cette lecture évite de choisir un outil par habitude et permet de réduire les doublons de licences ou de fichiers.

Un marché plus ouvert, mais plus exigeant

Figma revendique 4 millions d’utilisateurs, signe que le design collaboratif n’est plus un usage de niche. Dans le même temps, 10 % des utilisateurs de Photoshop utilisent Figma, ce qui montre que les deux outils coexistent déjà dans une partie des équipes créatives. Cette réalité est importante : Adobe et Figma ne répondent pas exactement au même besoin, même lorsqu’ils se croisent sur le design numérique.

Le point de pivot d’un workflow moderne n’est plus le fichier final, mais la décision de conception. Une maquette Figma peut servir de carrefour : elle reçoit une illustration préparée dans Illustrator, une image retouchée dans Photoshop, une variation générée avec Firefly, puis elle devient un prototype commenté par le product manager et inspecté par les développeurs dans Dev Mode. Penser le projet comme une chaîne de décisions, plutôt que comme une succession de fichiers isolés, change la manière d’organiser les droits, les versions, les validations et les responsabilités.

Figma, Adobe XD, Photoshop, Illustrator : quel outil pour quel usage ?

La comparaison Figma Adobe devient plus lisible dès qu’on distingue interface, image, illustration et production graphique. Figma est d’abord conçu pour le design d’interface, le prototypage interactif, les composants réutilisables, les design systems et la collaboration temps réel. Photoshop et Illustrator restent des références pour la création visuelle spécialisée : retouche, photomontage, illustration vectorielle, identité graphique ou assets complexes.

Outil Point fort Usage recommandé Limite à surveiller
Figma Collaboration cloud, prototypage, design systems UX/UI, maquettes web et mobile, composants, passation développeur Moins adapté aux retouches image avancées ou aux créations vectorielles très complexes
Adobe XD Conception d’interfaces dans l’écosystème Adobe Projets existants déjà construits dans XD Moins central dans les workflows récents que Figma pour la collaboration large
Photoshop Retouche et composition d’images Visuels de campagne, mockups réalistes, assets bitmap Peu adapté comme source principale d’un design system interactif
Illustrator Création vectorielle précise Logos, pictogrammes, illustrations, systèmes graphiques Collaboration produit moins fluide que dans Figma

Quand Figma prend l’avantage

Figma devient particulièrement pertinent lorsque plusieurs métiers interviennent sur le même produit : designer UX, UI designer, développeur front-end, product owner, responsable marketing ou client. Les commentaires, le partage de liens, les composants, les variantes et le Dev Mode réduisent la friction entre conception et développement. Au lieu d’envoyer des exports successifs, l’équipe travaille autour d’une source de vérité commune.

Quand Adobe reste indispensable

Adobe garde un avantage fort dès que l’exigence porte sur la matière visuelle elle-même : détourer une image, composer une affiche, produire une illustration vectorielle propre, décliner une identité de marque ou préparer des assets complexes. Dans ce cas, Figma n’a pas vocation à remplacer toute la suite Adobe. Il devient plutôt l’espace d’assemblage, de validation et de prototypage dans lequel les créations Adobe trouvent leur place.

Utiliser Figma et Adobe ensemble sans compliquer le workflow

La co-utilisation fonctionne bien si chaque outil a un rôle clair. Un workflow courant consiste à créer les éléments de marque dans Illustrator, préparer ou retoucher les images dans Photoshop, puis intégrer ces assets dans Figma pour construire les écrans, les composants et les prototypes. Les équipes évitent ainsi de détourner Figma en logiciel de retouche, ou Photoshop en outil de maquettage interactif.

Génération d’images IA avec Adobe Firefly dans Figma

Adobe propose des intégrations avec Figma, notamment autour de Firefly. L’intérêt est pratique : générer des images IA directement dans une maquette permet de tester plus vite une ambiance, une illustration de bannière, un visuel de hero section ou une piste créative pour une landing page. Cette approche ne remplace pas la direction artistique, mais elle accélère l’exploration visuelle avant de figer une piste.

Pour garder un résultat professionnel, il faut poser quelques règles : nommer les calques générés, distinguer les images exploratoires des assets validés, documenter les prompts utiles lorsque l’équipe doit reproduire une série, et vérifier la cohérence avec la charte. Sans cette discipline, l’IA apporte de la vitesse, mais aussi du bruit dans les fichiers.

Plugins, GenStudio et passation développeur

Les plugins et intégrations Adobe, dont GenStudio selon les cas d’usage, renforcent l’idée d’un écosystème connecté plutôt qu’un remplacement total. Côté Figma, le Dev Mode facilite la lecture des espacements, styles, composants et spécifications techniques. C’est précieux pour réduire les allers-retours entre design et développement, surtout quand un design system commence à grandir.

Une bonne pratique consiste à séparer trois niveaux : les fichiers de création graphique dans Adobe, les bibliothèques d’interface dans Figma, puis les spécifications techniques accessibles aux développeurs. Cette séparation limite les confusions entre asset source, composant produit et élément prêt à intégrer.

Quel choix pour une équipe UX/UI aujourd’hui ?

Si la priorité est le design d’interface collaboratif, Figma est généralement le centre naturel du workflow. Son approche cloud, ses composants réutilisables, ses prototypes partageables et son orientation design system répondent directement aux besoins des équipes produit. C’est aussi un choix cohérent lorsque les développeurs doivent accéder facilement aux mesures, styles et comportements attendus.

Si la priorité est la création graphique avancée, Adobe reste difficile à contourner. Photoshop, Illustrator et les autres outils Creative Cloud couvrent des besoins que Figma n’a pas vocation à absorber entièrement. Le meilleur choix n’est donc pas toujours Figma ou Adobe, mais souvent Figma pour structurer l’expérience et Adobe pour produire les assets spécialisés.

Pour décider rapidement, posez trois questions. Le livrable principal est-il une interface interactive ? Figma doit probablement piloter. Le livrable principal est-il une image, une illustration ou une composition graphique ? Adobe garde l’avantage. Le projet combine-t-il produit numérique, marque et contenus visuels ? Les deux environnements peuvent cohabiter, à condition de définir une méthode de nommage, des responsabilités claires et un point unique de validation.

Le rachat avorté n’a donc pas rendu la situation plus confuse, il a confirmé que Figma et Adobe répondent à des besoins proches, mais pas identiques. Pour les utilisateurs, l’enjeu est de profiter de cette concurrence tout en construisant un workflow sobre, lisible et durable.

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